Science du vivant
Sociétés de l’Être

Recueil de nouvelles philosophiques

Quand un être est sur le point de disparaître, que reste-t-il de son passage dans l’univers ?

Dans cette quête de réponse, découvrez des espèces aux expressions multiples, mais au dessein commun : celui de vivre et d’exister.

18.09.21 — v1.00 - Format numérique (.pdf) - 224 pages
CC BY-NC-SA 4.0

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Morale universelle et crises (éco)systémiques

Dans une époque où le taux d’alphabétisation atteint 86% de la population mondiale; où le taux d’extrême pauvreté mondiale diminue; où des générations entières ont grandi sans être directement confrontées à l’horreur de la guerre; l’omniprésence de crises constitue une anomalie des plus curieuses. Qu’elles soient sanitaires, sociales, écologiques ou politiques, elles font désormais pleinement partie de notre quotidien. Comment ces évènements continuent-ils de proliférer dans nos sociétés ? Si l’analyse individuelle de ces phénomènes révèle une multitude de facteurs, un motif commun résonne dans chacune de ces catastrophes : l’activité humaine.

Quels éléments nous poussent à agir contre nous même ? Ce livre explore cette question par un double prisme : premièrement, par l’exploration d’espèces issue de mondes imaginaires ; deuxièmement, par un court traité sur les conséquences de la morale.

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Extrait de la nouvelle

Chrysalien

Le silence est profond. Le tintement des outils, si régulier par le passé, n’existe plus. Les dings et les dongs, les bangs et autres bongs trouvaient résonance en chacun de nous. Se jouait sur un tempo déchainé la folle chamade de notre société. Désormais, le silence est profond. Le calme m’emplit des souvenirs de toute mon espèce, les vivant comme s’il s’agissait à nouveau de moments présents. Pourtant derrière la douceur et le rire de ce bonheur d’antan, je suis constamment rattrapé par les stigmates de notre passé. Je tente de m’en détourner, de me focaliser uniquement sur les bons côtés. Malgré tous mes efforts, ma pensée finit toujours par m’y ramener. Résigné, j’avance. Je progresse tout en ressassant sans cesse chaque souvenir qu’il me reste.

À l’aube de toute vie, tout commença à l’exact moment où sonna le bran de la pulsation cosmique. Bing ! Par rafale, un vent puissant souffla de toutes ses forces déferlant ses flots jusqu’au fin fond de l’univers. Bang ! Le choc éclata. Crac ! Le continuum se fractura. Pris dans le courant de ces bourrasques stellaire, tout se cogna et se disloqua aux quatre coins du Cosmonde. Passé le chaos des premiers instants, le calme revint. Soudain, les décombres commencèrent à se déplacer au rythme d’une douce danse astral. Au milieu de cette valse spatiale, à distance idéale de son étoile, se formait un corps céleste au dessein spécial. Nous ne sûmes jamais vraiment pourquoi ici plutôt qu’ailleurs, pourtant ce fut en ce lieu et ce temps de l’espace que la vie viendrait à se développer. En son sein, nous allions naitre… oui, elle devint notre planète.

Durant notre ère, l’étude de sa constitution et de son évolution émergea comme l’un de nos domaines de prédilection. Bien sûr, cet intérêt n’était pas innocent. Ces recherches furent poussées dans le seul but de découvrir les raisons de notre propre apparition. Explorant ainsi chacune de ces parcelles, nous étions remontés jusqu’aux origines de sa création : son alliage, subtil mélange de corps organique et de substance énergétique, réunissait les parfaites conditions pour l’essor d’êtres vivants. Dans ces conditions, une protection atmosphérique se forma tout autour de la planète, suivie par la solidification de sa surface et la stabilisation de ses flux. Nous identifiâmes des tas d’éléments sur nos premiers ancêtres, toutefois, les manifestations les plus anciennes ne se présentaient pas comme nous avions pu l’imaginer. Au cours de nos recherches, nous découvrîmes des empreintes immatérielles, des résidus vibratoires d’énergies. Nous supposions alors qu’à ses débuts le vivant ne parvenait pas à s’incarner. Il ne disposait d’aucun corps, et existait uniquement sous la forme d’une fréquence, d’une émanation. Avec le temps, nous trouvâmes des soupirs, des bruits, des murmures qui se répétaient. La détection de ces phénomènes devint récurrente, et nous commencions à identifier certaines similitudes. Par exemple, nous remarquions qu’ils se manifestaient toujours dans les mêmes types de milieux ; ou encore, l’accumulation de nos relevés a révélé que chaque vibration se complétait pour former, une fois réunie, une courte mélodie. Le chant du vivant fluctuait peu. Nous constations de temps en temps l’ajout d’une note inédite par ici, ou d’une mesure plus longue par là. Mais un jour, l’un d’entre nous entendit un profond changement, ou plutôt… une évolution de son frisson. L’environnement ne différait pas beaucoup de ces précédents espaces d’expression, pourtant au cours de ses pérégrinations, sa sonorité s’était complexifiée, sa musicalité gagnait en nuance, en variation. En fouillant certains recoins de la planète, des dissonances furent même remarquées. Nous comprîmes que dans son essence, la vie commençait à se diviser. Son parcours ne représentait plus seulement les étapes de son évolution, il symbolisait le chemin vers sa matérialisation.

La forme, le fonctionnement et tous les attributs de son incarnation se définirent. En s’émancipant de leur nature première, ces fragments du vivant devinrent les Êtres primaires. Malheureusement, ses premières tentatives devaient être très faibles, car malgré tous nos efforts, nous ne trouvions que peu de traces de leur survie. Certains s’adaptèrent mieux que d’autres, allant jusqu’à réussir à se reproduire. Dans un premier temps, ces progénitures ne présentaient pas de grandes différences formelles avec leurs ainés. Elles décidèrent spontanément de collaborer pour augmenter leur chance de subsister. Mais gagnés par l’absolue nécessité de perdurer, ces êtres furent peu à peu possédés par la peur de disparaitre. La crainte consuma leur vitalité, pour ne laisser au fond d’eux qu’une abondante source d’existentialité. Ainsi, lorsqu’apparurent les premières mutations singulières, le groupe éclata. Chacun se mit à suivre sa propre voie, se gardant de partager les connaissances qu’ils pouvaient acquérir. Génération après génération, ces pratiques de privatisation du savoir accentuèrent leurs distinctions, au point où elles devinrent des codes identitaires. Toutes formes de vie différentes de soi représentaient désormais un risque pour sa survie. Dans cette atmosphère emplie d’angoisse, les premières guerres du vivant commencèrent annonçant le déclin de l’ordre des Êtres primaires. Tout individu existait dorénavant selon son appartenance à un groupe défini, ainsi fut amorcé le règne des espèces.

Toutefois, ce tournant violent de l’Histoire, jonchée de batailles et de conflits, ne s’est pas réglé dans la brutalité. Pendant que la plupart de ces êtres s’entretuèrent, les menant doucement, mais surement vers leur extinction, l’un d’entre eux, dans l’insouciance la plus totale, trouva la clé de la prospérité. Plutôt que de se laisser guider par ses angoisses, il les utilisa telle une force pour dépasser le cadre de son existence. Il décida de ne plus vivre dans les pas de ses ancêtres, mais d’interroger leurs savoirs à partir de sa propre appréhension du monde. Caractérisé pour une extrême sensibilité émotionnelle et comportementale, il se nourrit de toutes les aspérités de la planète, et mut au rythme de ses découvertes. À l’affut de chaque son, à l’écoute des moindres variations, il surgissait à un instant sous un aspect solide, puis évoluait vers un état liquide, avant de se décomposer en un corps gazeux. Il absorbait si remarquablement vite ce qui l’entourait qu’il était impossible pour les autres êtres de le visualiser. Sa capacité à constamment muter le protégea ainsi de tous les dangers. Par conséquent, quand cette période de trouble fut terminée et que tous les êtres finirent par s’éteindre, il devint l’unique représentant de la vie. Dès lors, l’espèce dominante était née, mon espèce : les Chrysaliens.

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